Double champion d’Europe, Nohan Dudon a ajouté une ligne à son palmarès en novembre dernier au Caire en devenant champion du monde kata dans la catégorie des déficients visuels.

Karatéka passionné et chevronné qui s’aligne chez les valides aux « France », il se bat pour être reconnu à sa juste valeur.

Par Florian Fournier / Photo : Denis Boulanger (FFK)


 

Dans quel état se trouve-t-on après un sacre mondial ?

C’est une performance folle. Je peine encore à réaliser ce qu’il s’est passé. C’est un instant que je n’oublierai jamais. Ce moment, je l’ai souvent rêvé en étant enfant et, maintenant qu’il est réel, je n’en reviens toujours pas.

Quelles ont été tes premières pensées quand tu as réussi ce rêve d’enfant ? 

Le job est fait ! Sans prétention, je m’entraîne tellement dur pour être le meilleur le jour J que, dans ma tête, je venais simplement de valider tout le travail effectué.

On se conditionne tous de manière différente pour être performant. Parfois le fait d’être dans notre bulle nous amène à nous dire que c’est juste le résultat de tous ces entraînements intenses. On en oublie qu’on vient de réaliser une performance monstrueuse.

Mais, une fois qu’on redescend, c’est une sensation magique. Je savoure pleinement.

Comment vas-tu aborder l’avenir en étant l’homme à battre ?

Pour le moment, je ne me mets pas beaucoup de pression mais je sais que mon statut va changer, que je vais être attendu au tournant. Je vais me préparer comme je sais le faire, avec acharnement, pour valider ce nouvel objectif qui est de conserver mes titres.

Ce titre de champion du monde change-t-il ton quotidien ?

Le fait que le para karaté ne soit pas beaucoup médiatisé et que le karaté dans sa globalité ne l’est pas non plus, cela ne change pas réellement mon quotidien. Mais je me bats aussi pour que l’on parle du titre et, surtout, par le biais de ce dernier qu’on parle des para karaté.

Nous sommes des athlètes à part entière et nos performances se doivent d’être mises en avant comme toutes performances sportives réalisées.

Si je prends mon cas, et c’est aussi vrai pour les autres athlètes para de l’équipe de France, nous avons besoin d’être accompagnés par des sponsors dans notre préparation et j’espère que ce titre va m’aider à trouver des soutiens pour continuer ma carrière dans les meilleures conditions possibles.

La France n’a pas connu de titre individuel en kata depuis plus de 20 ans et Michaël Milon. Qu’est-ce que ça fait d’être son successeur ? 

Je n’y ai pas forcément pensé. Battre un Japonais en kata m’a plus marqué. Mais c’est un honneur qu’on évoque mon nom à côté du sien. Pour la petite histoire, Yann Baillon a évoqué Michaël Milon lors du débrief de la compétition pour parler de ma performance et ça fait chaud au cœur car c’est une légende du karaté mondial.

Sur le plan national, tu t’alignes dans la catégorie des valides. As-tu des objectifs de performances dans cette catégorie ?

Dans tout ce que je fais, je veux être performant. Lors de la dernière Coupe de France j’ai perdu contre Maël Stassiaux (membre de l’équipe de France) en lui prenant un drapeau.

Si je participe aux compétitions valide, c’est pour répéter mes tours en mode compétition et me rajouter des expériences supplémentaires.

Dans un second temps, je souhaite aussi faire évoluer les mentalités et prouver qu’un athlète para peut être performant en catégorie valide.

La performance n’est pas un objectif majeur même si je reste un compétiteur et que je m’engage à 100% à chaque fois pour aller le plus loin possible.

Je sais que je n’aurais jamais l’intensité dans le regard, l’équilibre et la gestion de l’espace que peut avoir un valide mais cela ne m’empêchera pas de continuer à me battre pour présenter la meilleure version de moi-même et casser les clichés qu’on peut avoir sur les para.