Pour la 2e année consécutive, je réalise un rêve d’enfant : m’entraîner au Japon. Membre de la JKS en France, c’est dans cette école Shotokan que je vais parfaire, apprendre, suer et respirer karaté pendant 15 jours (18 avril-2 mai).
Ce séjour va me réserver une surprise de taille, le passage de mon San Dan devant Masao Kagawa, 9e dan, Instructeur-chef de la JKS et de l’Université de Teikyo, ancien champion du monde JKA en Kumite et Kata ! Ex-entraîneur de l’équipe du Japon et responsable de la commission technique de la WKF …

Par Florian Fournier

Photo : D.R


 

« Tokyo, quartier de Shinjuku, nouveau Honbu dojo de la JKS (Japan Karate Shotorenmei). Cela fait déjà une semaine que je vis karaté, une semaine intense à raison de deux entraînements par jour (1h matin et soir) sous la direction des plus grands Sensei (Yamaguchi, Kanayama, Makita, Okamoto, Arimoto, Toyama Sensei),.
Le week-end arrive. Stage et examens sont au programme. Les courbatures et la fatigue sont déjà bien présentes. Le stage international organisé le samedi sous la direction de Kanayama Sensei, 7e dan, va être des plus intenses. Nous allons commencer par 1h30 de Kihon quasi non-stop d’un niveau technique, physique et pédagogique très enrichissant. Si, pour beaucoup de pratiquants, Kagawa Shihan est la référence, pour moi, elle se nomme Kanayama Sensei (voir ici).
Yamaguchi Sensei, 7e dan, prend ensuite le relais pour nous dispenser 1h30 de pratique et d’étude approfondis des Sentei kata (Basai-dai, Jion, Kanku-dai et Enpi). Un réel bonheur en tant que professeur et en tant que pratiquant que de pouvoir étudier ces katas dans le souci du détail le plus ultime. Cette fabuleuse leçon passée, nous avons rendez-vous le lendemain matin pour l’étude de l’arbitrage et l’après-midi pour les examens de grade.
Dimanche 28 avril. Ne voyant pas arriver Masao Kagawa, nous sommes en train de nous dire que notre jury sera composé de Kanayama, Yamaguchi et Makita Sensei, 5e dan, ce qui m’enlève un peu de pression car je les côtoie au quotidien depuis une semaine. Mais l’histoire va s’écrire autrement. Sous les coups de 11h30, un silence de plomb retentit dans le dojo. Kanayama Sensei s’exprime : « Kagawa Shihan est là, il veut vous dire deux-trois mots »…
Il arrive en costume dans le dojo. Sa présence et son aura mettent tout le monde d’accord ! Comme à chaque fois, je regarde cet homme avec de grands yeux émerveillés emplis de respect.
Après avoir effectué le salut, Masao Kagawa ne dira que quelques mots avant de s’installer, seul, à la table du jury : « Donnez le meilleur de vous-même ». Le décor est planté, il faut aller au charbon maintenant…

« LE BASAI-DAI AVEC LE PLUS DE PRESSION QUE JE N’AI JAMAIS EFFECTUE »

Après un premier candidat passé à huis clos, arrive mon tour. Je prends place devant Kagawa Shihan. Je regarde droit devant pour ne pas croiser son regard et rester dans ma bulle. Pour commencer, j’effectue Gankaku, mon Tokui kata (mon Kata favori). J’en suis plutôt satisfait et cela me met en confiance pour la suite.
Arrive le moment que tous les candidats redoutent : le kata imposé par le jury, donc par Masao Kagawa, 9e dan, Instructeur-chef de la JKS et de l’Université de Teikyo, ancien champion du monde JKA en Kumite et Kata, élève des Sensei 10e Dan Hirokazu Kanazawa (1931-…) et surtout Tetsuhiko Asai (1935-2006), membre de la commission technique WKF et ancien entraîneur de l'équipe du Japon (notamment le kata en 2012 à Paris).
De retour en Yoi, j’attends son choix. Si cela a dû prendre 10 secondes, pour moi, cela a semblé durer une éternité. Allait-il me donner un kata spécifique JKS ou un kata du Shotokan traditionnel ?… La sentence tombe. Ce sera Basai-dai.
La règle veut que l’on démarre le kata immédiatement, dans les deux secondes. J’ai quand même eu le temps de me dire : « tu connais ce kata. Pas de stress. Tu le fais depuis des années. Tu le maîtrises plutôt bien » puis « C’est son Tokui kata, donc te plante pas ! » Et là, une petite pression est arrivée.
Pendant le kata, je me sens super bien, avec un bon démarrage. Je l’exécute sans me poser de question. La sensation d’effectuer ce kata sous l’œil de Kagawa Shihan me porte. Cela m’oblige à être le meilleur possible. C’est l’état dans lequel je me suis senti pendant et après le kata.
Une fois terminé, je prends le temps de réaliser que je viens d’effectuer le kata favori de Kagawa Shihan à sa demande et sous ses yeux, pour un passage de grade ! C’est évidemment le Basai-dai avec le plus de pression que je n’ai jamais effectué ! Mais pas le temps de trop cogiter, il me reste le kumite à passer.
Contrairement aux autres candidats qui n’ont effectué qu’un, voire deux combats, à la demande de Kagawa Shihan, j’ai dû en effectuer trois. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais cela ne m’a posé aucun problème. J’étais très bien physiquement et j’ai effectué mes trois combats sans calcul, en voulant simplement montrer mes qualités techniques et tactiques.
Si le passage du San Dan JKS comporte moins d’épreuves que le 3e Dan FFK, la pression de passer cet examen au Japon devant Masao Kagawa compense largement la totalité des 6 épreuves que nous avons en France.
Réussissant mon passage, cette semaine d’entraînement s’achevait de la plus belle des façons pour en commencer une nouvelle sur les chapeaux de roues avant de revenir en France.
Cependant, en dépit de ma réussite à cet examen, je mesure ô combien il me reste à travailler pour devenir un karatéka digne de ce nom et faire honneur à l’enseignement que j’ai reçu ici en France, et désormais au Japon, avec lequel je prends un énorme plaisir dans ma pratique ».